
Le projet de centrale géothermique pilote à Glovelier, dans la commune de Haute-Sorne (Jura), a débuté ses forages le 21 mai 2024, après une décennie de blocages politiques, judiciaires et d'oppositions locales. La start-up helvétique Geo-Energie Suisse a pour objectif de produire du courant sans émission de CO2 à partir de chaleur extraite des entrailles de la terre.
Pour la start-up helvétique Geo-Energie Suisse, ce projet représente un véritable quitte ou double : un échec signerait probablement la fin de la recherche sur la géothermie profonde en Suisse.
L'optimisme perceptible de la filière repose sur une collaboration étroite avec l'entreprise américaine Fervo Energy. Au Nevada, cette dernière a mis en service fin 2023 une centrale géothermique alimentant les centres de données de Google. C'est un précédent heureux pour le projet suisse.
Le transfert de technologie : Le processus employé aux États-Unis repose sur une méthode brevetée par Geo-Energie Suisse AG pour la Suisse.
La démonstration de sécurité : Au Nevada, on a réussi à stimuler la roche sans provoquer de séismes perceptibles, l'activité mesurée n'ayant pas dépassé 1,8 sur l'échelle de Richter, ce qui devrait permettre de contourner le traumatisme de l'échec du projet de Bâle en 2006, qui avait provoqué des tremblements de terre.
Fervo ambitionne déjà de construire une centrale de grande envergure (400 MW) en Utah d'ici 2028.
La technologie mise en œuvre en Haute-Sorne est complexe :
Afin de minimiser le risque sismique, Geo-Energie Suisse mise sur une stratégie plus prudente que ses homologues américains. Les pressions et les volumes d'eau utilisés sont nettement inférieurs, à savoir 500 000 à 1 million de litres d'eau au lieu de 60 millions de litres. De plus, le Service sismologique suisse surveille le projet en temps réel à l'aide d'une technologie de mesure par fibre optique de pointe. Cela permet l'ouverture contrôlée de petites fissures afin de relier deux puits parallèles (un puits d'injection d'eau froide et un puits de récupération d'eau chaude) sans déclencher de secousses ressenties par la population.
Le coût total du projet de Haute-Sorne est estimé à 130 millions de francs suisses. Geo-Energie Suisse bénéficie du soutien de plusieurs investisseurs (dont Energie Wasser Bern et Elektra Baselland), d'une contribution de la ville de Zürich (9 millions) et d'un apport d'exploration de la Confédération à hauteur de 90 millions.
À terme, la centrale jurassienne devrait afficher une puissance de 5 MW et alimenter environ 6000 ménages en électricité. L'objectif des autorités fédérales est d'atteindre une production de 2 térawattheures d'électricité issue de la géothermie profonde d'ici 2050. Pour rentabiliser de telles infrastructures à l'avenir, les exploitants soulignent qu'il faudra impérativement coupler la production d'électricité à celle de chaleur pour l'industrie, ce qui permettra ensuite d'implanter de nouvelles centrales plus près des zones urbaines.
Sur le plan économique, la géothermie reste un défi. Alors qu'aux États-Unis, les coûts de forage diminuent considérablement grâce aux subventions publiques et aux économies d'échelle, la Suisse mise sur une utilisation combinée:
Le projet de Haute-Sorne est considérée comme la «dernière chance» pour la géothermie profonde en Suisse. S'il réussit, cela pourrait donner le coup d’envoi à d’autres installations à proximité des villes. D’ici 2050, la Confédération estime que la géothermie profonde pourrait fournir près de 2 térawattheures d’électricité, ce qui correspond à environ deux tiers de la puissance de l’ancienne centrale nucléaire de Mühleberg.
Contexte : Cet article s’appuie sur les développements actuels du projet de géothermie profonde de Haute-Sorne et sur des comparaisons avec des projets pilotes américains.
Lien vers l'article du Tages Anzeiger (en allemand, résrevé aux abonnés)